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la corruption a d’autres limites
La corruption ne cesse de provoquer régulièrement sa cohorte de levée de boucliers et d’indignations dont les media s’empressent de faire leur choux gras avec la complicité de leur public. Le succès de l’entreprise, consistant à faire appel aux réactions émotionnelles primaires de l’audience, est assuré à tous les coups. Le public en redemande démontrant ainsi son addiction aux émois du scandale.
Très bien .
… Mais s’est on jamais demandé si l’opprobre dont ce sujet est régulièrement incendiée est à ce point justifiée ?
La corruption comporte un aspectsmoral avec comme base principale la transgression d’une norme, certes, mais elle repose d’abord sur des données, des faits strictement objectifs, dépourvus a priori de toute connotation moralisatrice. On qualifie les faits ensuite.
S’est on calmement, hors de toute passion, interrogé sur l’essence de la corruption, sur son extension ; celle ci n’est elle pas variable selon l’ère géographique et l’espace de temps ou les faits constitutifs?
La corruption et l’indignité qui l’accompagnent ne sont elles pas l’expression d’autres aspects tout aussi turpides (jalousies, dépits) masqués par le vacarme assourdissant de sa condamnation.
L’origine du mot est persane : Bakchich désigne un don charitable; les échanges commerciaux ont fait passer le terme successivement dans la langue arabe puis en occident, chaque fois avec une connotation et une signification différente :
Le mot passé à l’arabe prend le sens de « pourboire-gratification» et subsidiairement celui de « pot de vin », pour finalement ne presque plus avoir d’autre acception en Europe.
On observe bien à travers le voyage de ce mot que sa charge morale ne le quitte jamais, quand bien même il exprime dans tous les cas de figure la rétribution de choses différentes : passant de la compensation de l’état de nécessité du mendiant, à la récompense, voire à la rémunération illégitime et indue, de services.
L’autre aspect révélé clairement par les mutations sémiologiques du terme, est le champs transactionnel où elles nous maintiennent. Il y a un échange, celui du comblement du déficit du mendiant par des biens terrestres. Ledit mendiant offre à son tour au bienfaiteur la possibilité d’accomplir son devoir en vue de réaliser son salut. On rencontre aussi l’échange de la gratification du ‘donateur’ contre la satisfaction que lui apporte un ‘service’ de qualité . De manière générale il s’agit de l’obtention d’un bien ou d’un service par l’intermédiaire d’une rémunération souvent fixée unilatéralement et a posteriori.
En fait la corruption n’apparaît que lorsque divergent l’aspect moral et la transaction , que le rapport entre l’un et l’autre les écartent au point d’effacer toute corrélation qui aurait pu fonder leur légitimité, et que sans la transaction la décision n’aurait pas eu lieu dans les mêmes conditions. : c’est donc une absence de légitimité et une déviation.
La divergence peut résulter de la condamnation morale de son objet ou du manque de corrélation entre rémunération et service.
Dans le premier cas l’immoralité de l’objet n’est qu’une question de qualification selon un système normatif reconnu, un code ; Ca ne pose que la question de la validité de ces normes et de la qualification précise des faits. C’est une transgression normative .
Dans le second cas il s’agit d’une distorsion entre le service rendu et son prix qui fonde l’illégitimité de l’un ou/et de l’autre. C’est le dévoiement d’un rapport économique.
Dans le monde oriental, l’islam propagé par Mahomet, est celui d’un grand marchand, issu d’une grande famille marchande, rompu au commerce international (c’est étrange comme certains personnages contemporains semblent répéter l’histoire); il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la négociation joue une rôle prédominant dans l’accomplissement d’une transaction.
Le contrat se concrétise dans un contexte toujours encadré de normes et d’usages que la tradition commerciale déteste et adore à la fois
Ces normes sont revendiquées pour la sécurité, la fiabilité, procurées à la conclusion et au respect de contrat.
Et en même temps, comme partout dans le monde, les règles commerciales sont énergiquement rejetées lorsqu’elles entravent les affaires (le meilleur exemple contemporain est le virage à 360 ° réalisé par la Chine communiste afin d' accueillir le système capitaliste de Hong-Kong).
En revanche dans le monde Occidental, on préfère plus souvent la simplification opérationnelle d’une démarche en ligne droite avec ses débranchements, pour ce qu’elle procure de gain de temps, d’efficacité et de rendement, quitte à sacrifier, parfois dramatiquement des aspects secondaires à l’objectif principal poursuivi.
La connotation culturelle du bakchich est donc certaine . Il se trouve d’ailleurs au sein de toutes les cultures des personnes qui ne dédaignent pas, en noyant dans l’approximation d’un jugement sans nuance, d’en tirer un argument pour dénigrer et condamner la culture de l’autre.
Nous considèrerons que ces détracteurs ont raison, sauf la raison de l’autre.
Ce qui entache la position des vilipendeurs de bakchich , restera l’absence de voies d’appel laissées ouvertes. Leur faute de procédure est assez grave pour valoir la nullité à l’action intentée
En matière de corruption, tout est affaire de proportionnalité : L’attribution du marché du métro de Tunis grâce aux manipulation d’un ministre de l’époque, n’aurait pas amélioré dans la durée le sort des mineurs des exploitations de phosphate de Gafsa, même si le marché avait été obtenu selon les règles ; de même Verres, poursuivi et condamné par l’éloquence de Cicéron pour avoir trop tondu, comme proconsul, les siciliens, aurait mieux été inspiré en imitant Cicéron qui à son tour dans les même fonction n’a prudemment retiré que le dixième de la fortune extorquée par Verres : Voleur ? d’accord, mais pas trop.
Finalement je crois que la vertueuse indignation de Ciceron dans son "De verres" n'est qu'un cri de jalousie: 1/10éme seulement!
Certes, nous sommes loin du don charitable d'origine.