dimanche 13 avril 2008

Une sérieuse crise d'acnée

Je crois ne plus rien comprendre à la Tunisie.
Depuis quelque temps je vois apparaître ici et là, principalement à travers les écrits de personnes jeunes, âgées entre 20 et 30 ans, une certaine tendance de leur admiration qui se met à revendiquer la part d'héritage culturel et de gloire d’Hannibal qu'ils estiment leur revenir.

Je veux bien leur accorder qu’Hannibal Barca est un personnage historique attachant, autant par l’ampleur de ses entreprises, que par les diverses qualités qu’il a su démontrer.
Il demeure cependant un occupant punique, et reste bien un occupant.
Carthage, avec son peuple, s’était si peu dissoute dans la population africaine qu’elle n’a pratiquement jamais cessé de recourir à des mercenaires, dont une bonne part d'étrangers…et puis c’est bien un prince africain, Massinissa qui, apportant l’aide de sa cavalerie à Scipion, a eu raison d’Hannibal…on peut donc supposer que si les puniques avait su démontrer plus de bienveillance à l’égard des populations africaines, celles-ci ne se seraient pas déclarées leurs ennemies.
Il est notoire que les puniques n’ont portés que très peu d’intérêt aux populations indigènes, et à leurs terres, tant que la puissance navale de Carthage et restée intacte.
En revanche, après les défaites encourues lors de la seconde guerre punique, réduisant sensiblement l’emprise maritime de Carthage sur la Méditerranée, la citée s’est retournée vers l’intérieur du pays développant son agriculture au pas de charge, le pressant comme un citron, ainsi que sa population, afin de compenser autant que possible le recul des ressources qu'elle tirait jadis de son activité commerciale maritime.

Il est vrai qu’il s’agit d’une occupation qui aura duré 688 ans, à côté des 725 ans de domination arabe, ou des deux siécles ottomans, elle n’est pas négligeable. Mais il me semble que de ce point de vue la Tunisie est d’abord arabe car même si l’envahisseur arabe est resté chez nous en petit nombre , (le reste poursuivant sa conquête jusqu’en France), l’occupant arabe n’a pas hésité à se mêler et à se fondre avec la population berbère. Très peu de ces berbéres aujourd’hui peuvent prétendre être de souche authentique et non mêlée: Mais cette partie berbére de notre population n’a jamais été très bien considérée et prise en compte par l’histoire à Kairouan ou à Tunis et Gafsa, les berbéres seront toujours perçus comme symbole de rébellion s'opposant au pouvoir central ou aux occupants successifs.


En définitive, pourquoi ne pas laisser cette jeunesse s’identifier au modèle qu’elle souhaite retenir ?
Comme Piaget l’a bien mis en lumière chez l’enfant, l’élaboration de la personnalité d’homme se construit en passant par l’identification à un modèle pris dans l'entourage, après l’avoir reconnu comme agréable.
Cette fraction de la jeunesses peut donc légitimement rêver d’un modèle différent de celui qui s’offre actuellement à nos yeux, aux commandes de l’Etat ou dans son orbite.
Mais alors il faudrait qu’elle reconnaisse équitablement à chacun des occupants successifs de la Tunisie les mêmes droits, au lieu d’accorder ce privilège d’avoir marqué notre civilisation seulement aux occupants arabes, puis européens ( principalement français et italiens) -les turcs ottomans ont été peu nombreux et se sont surtout fondus dans la société tunisoise après avoir formé un long moment l’ossature de sa bourgeoisie; notre pâtisserie reflète une partie de leur héritage-.

Comme nous n’écrirons pas deux fois l’Histoire, et que la question d'Hannibal est de peu d'intérêt pratique, sauf en ce qu’elle révèle la quête identitaire et l’ignorance de certains. Pour ce qui est de leur ignorance, je ne pense pas qu’elle puisse engendrer de graves dégâts, du moins je le, souhaite, Mais pour ce qui concerne l’apparition à l’intérieur même de la Tunisie d’une quête identitaire toute nouvelle, il est à craindre qu’elle ne soit révélatrice d’un problème plus profond et grave.

Ce nouveau désarrois sera un autre sujet de réflexion.

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